Prochain appel – La parabole du Bon Samaritain

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Ce court-métrage est basé sur la trame de l’histoire de la Parabole du Bon Samaritain que l’on trouve dans la Bible dans Luc, chapitre 10,25-37.

Attention quelques images de ce court métrage peuvent heurter des sensibilités. Ce n’est pas un film conseillé pour les enfants.

Le making of

« Notre but avec ce film était de donner une version contemporaine de la célèbre histoire du Bon Samaritain » expliquent Philippe Kiener et Yves Gertsch, réalisateurs du film. La fameuse parabole de l’Evangile subit en effet un sacré lifting, tout en restant finalement très fidèle au récit original. « Le fait que l’histoire originale se trouve dans la Bible pourrait laisser penser que la question de l’amour dépend des convictions religieuses de chacun, remarque Christian Vez, l’un des scénaristes. Pourtant lorsqu’il la raconte, Jésus ne se réfère à aucune règle religieuse, mais à une expérience de vie, malheureusement très courante à son époque. » De même dans le film, l’intention est clairement de permettre au spectateur, quelles que soient ses convictions, d’entrer dans les questions qui ouvrent le récit : « Qui devrait-on aimer, et qui pourrait-on se permettre de dédaigner ? » Violemment agressé, souverainement délaissé, avant d’être enfin secouru, le personnage principal du film va laisser ces questions évoluer en lui, et les formulera en définitive d’une tout autre manière.
Alors, qui faut-il aimer ? Qui est notre prochain ?

Quelques réflexions et explications sur La parabole du bon Samaritain (Luc 10, 25-37)

prochain-appel2Cette parabole méga-connue ne se trouve que dans l’Evangile de Luc. Il s’agit en fait d’une réponse de Jésus à un légiste qui voulait le coincer. Luc est un peu le spécialiste des paraboles insérées dans des dialogues (cf la scène chez Simon le pharisien (Luc 7, 36-50)).
Il ne s’agit donc pas là d’une parabole du Royaume, mais d’une discussion sur la loi.
« Qui est mon prochain ? » demande de légiste pour se justifier, après avoir voulu mettre Jésus à l’épreuve.
Les dialogues qui entourent la parabole sont donc fondamentaux.
Le légiste s’adresse en effet à Jésus pour le mettre à l’épreuve, pour savoir à quelle école théologique Jésus se rattachait, pour l’entraîner dans une dispute rabbinique sans fin dont les légistes avaient – et ont toujours – le secret.
Jésus lui répond dans un premier temps comme un rabbin, en répondant à la question de la vie éternelle par une autre question. Notons que la question est à peu près la même que celle du notable (communément appelé le jeune homme riche) de Luc 18,18, mais que la discussion va prendre un autre tour.
Ici Jésus demande au légiste, certainement parce qu’il est légiste, de répondre lui-même à sa propre question. Après tout c’est son métier…
Et le légiste répond en donnant comme réponse le double commandement d’amour, que Jésus donnera lui-même en d’autres occasions. Donc pour le piège, c’est râpé. Ils sont d’accord.
Mais le légiste se sent obligé d’aller plus loin. Il veut se justifier, sans doute d’avoir interrogé Jésus alors qu’il est lui-même un spécialiste. Il précise donc sa question : « Qui est mon prochain ? »
Sa logique se dévoile. Il cherche à savoir quelles sont les limites au commandement d’amour. Très humainement, il imagine qu’on ne peut pas aimer tout le monde. Un peu à l’image des enfants qui vont dire « j’aime ma maman, mon papa, mes grands-parents, mes cousins, mon copain Arthur et mon chat », il aimerait faire une liste et s’y conformer avec bonne conscience.
C’est là que ça va se gâter pour lui. Car Jésus rompt le rythme de la discussion en répondant à la question par une histoire : la parabole du Bon Samaritain.
Le titre n’est pas de Jésus et il contient un piège. Nulle part dans son récit, Jésus ne dit que le Samaritain est bon. Et il n’en fait pas non plus le héros de son histoire, qu’il ne présente d’ailleurs pas comme une parabole.
Le véritable héros, celui qui est présent du début à la fin, c’est l’homme qui descendait de Jérusalem à Jéricho. On pourrait – devrait ? – donc changer le titre de cette parabole et l’appeler par exemple, « l’histoire de l’homme laissé à demi-mort ».
« Un homme – donc – descendait de Jérusalem à Jéricho. » C’est ainsi que Jésus commence son histoire. Cet homme est étonnant de banalité. On ne sait rien de lui, si ce n’est qu’il va de Jérusalem à Jéricho. Environ 30 km à travers le désert. Outre la difficulté du parcours, l’itinéraire est un peu étrange. En général, dans la Bible, les gens montent à Jérusalem, qui est la ville phare du judaïsme. Mais souvent chez Luc, les choses se passent en partant de Jérusalem. En Luc 2,41ss, les parents de Jésus se rendent compte sur le chemin du retour que Jésus n’est plus avec eux, et en Luc 24, les pèlerins d’Emmaüs sont rejoints par Jésus alors qu’ils vont de Jérusalem vers Emmaüs. Jérusalem est la ville associée aux promesses de Dieu pour son peuple. Mais l’Evangile de Luc montre que cette promesse accompagne et rejoint ceux qui en reviennent (comme peut-être aujourd’hui elle cherche à rejoindre ceux qui reviennent de leurs illusions…)
prochain-appel3L’autre chose qui frappe chez cet homme, c’est sa solitude. Il était très rare à l’époque qu’on fasse un tel chemin en solitaire. C’était dangereux, et peu dans l’air du temps (rappelons notamment que Jésus envoyait ses disciples deux par deux, que Paul voyageait avec des compagnons).
Notons par ailleurs que mis à part les brigands, les autres usagers du chemin sont également des solitaires (prêtre, lévite, samaritain).
Notre homme donc est attaqué par des brigands qui le dépouillent, le rouent de coups, s’en vont et le laissent à demi-mort. Quatre verbes pour signifier tout ce qui peut arriver de pire à l’être humain:
le dénuement, la souffrance, la solitude et la proximité de la mort. Chacun connaît et redoute de devoir subir l’une de ces quatre catastrophes qui menacent de s’abattre sur nous à chaque instant.
Notre homme se retrouve en un instant dans la plus extrême souffrance et la plus extrême vulnérabilité. Le soleil et les charognards risquent de l’achever, tandis qu’il ne présente apparemment plus aucun intérêt pour ses semblables.
Passe un prêtre qui le voit et passe à bonne distance. La loi juive lui donnait un prétexte valable pour ne pas se souiller au contact du sang humain, et du même coup risquer de perdre sa fonction (Nombres 9,10).
Le lévite qui suit le prêtre agit exactement de même, et peut faire valoir les mêmes raisons. Ce qui frappe chez ces deux personnages, c’est qu’eux aussi vont de Jérusalem à Jéricho. Ils ont accompli leur office au temple, lieu central de la foi juive, mais cet office non seulement ne les incite pas à porter secours à notre homme, mais en plus leur donne un prétexte pour ne pas le faire. « Ma religion me l’interdit ! » pourrait être leur excuse, et rejoindre parfois les nôtres…
Passe alors un Samaritain en voyage. Autant dire un extra-terrestre, car les Samaritains étaient haïs des Juifs et n’avaient vraiment rien à faire sur leur territoire. Le Samaritain de l’époque, ce pourrait être le Rom, le requérant d’asile vendeur de drogue ou le pédophile d’aujourd’hui.
Le Samaritain voit donc l’homme, et il est « pris de pitié » selon les traductions classiques. Il est « pris aux entrailles » traduit Chouraqui, « pris aux tripes », touché au plus profond de lui-même par cet homme laissé comme un déchet déchiqueté sur le chemin.
Il s’approche (c’est le même mot que Jésus utilise au début de l’Evangile de Marc pour dire que le Royaume de Dieu s’est approché), panse les blessures tout en y versant de l’huile et du vin. Il y a dans cette scène un silence de cathédrale. Aucune parole ne sera échangée entre les deux hommes (peut-être que le blessé n’est plus capable de parole, mais surtout ce sont les gestes qui importent.) Le Samaritain restaure l’homme dans son humanité. Il le charge sur sa monture, le conduit à une auberge en prenant soin de lui. Visiblement il va même jusqu’à le veiller, puisque ce n’est que le lendemain qu’il confiera le blessé à l’aubergiste en payant de sa poche les soins nécessaires.
L’histoire se termine de manière abrupte. On aimerait savoir qui est ce Samaritain, ce qu’est devenu l’homme, si le prêtre et le lévite vont se voir reprocher leur indifférence. Mais Jésus ne laisse même pas le Samaritain se remettre en route que déjà il revient à son interlocuteur en lui posant la question qui renverse tout : « A ton avis, lequel des trois s’est montré le prochain de l’homme attaqué par les brigands ? »
prochain-appel4Le légiste avait demandé à Jésus : « Qui est mon prochain ? »
Jésus lui demande maintenant : « Qui s’est montré le prochain de l’homme maltraité ? »
Pour Jésus, le prochain n’est pas celui duquel je choisirais – par obéissance à un commandement – de m’approcher pour l’aimer, mais le prochain, c’est celui qui se révèle à moi comme prochain parce qu’il s’est approché de moi dans mon dénuement. Et ça change tout ! Je ne choisis pas mon prochain, mais je ne peux que me réjouir qu’il y ait eu des gens qui se soient révélés être pour moi des prochains, sans que je n’y puisse rien, et qu’ils m’aient sorti de mon isolement, de mon dépouillement, de ma souffrance et de la mort par leur présence bienveillante à mes côtés.
« Celui qui a fait preuve de bonté envers lui » répond le légiste. « Celui qui l’a matricié » traduit Chouraqui. Celui qui l’a restauré dans son humanité sans attente de contrepartie, simplement parce qu’il avait été remué jusqu’au plus profond de ses tripes par la détresse de cet homme.
Le fait que le légiste ne mentionne pas explicitement le Samaritain peut être interprété des 2 manières contradictoires :
a) Il répugne à ce point les Samaritains qu’il se refuse même à prononcer leur nom
b) Il voit le Samaritain autrement grâce à l’histoire de Jésus, au-delà de l’étiquette qui lui collait à la peau jusqu’alors.
Et Jésus conclut l’entretien en disant au légiste « Va, toi aussi et fais de même ! »
C’est la psychanalyste Françoise Dolto qui a contribué à mettre en évidence le retournement spectaculaire que Jésus opère grâce à son histoire dans le questionnement du légiste. Pour celui-ci, il
ne fait pas de difficulté à considérer l’amour du prochain comme un acte définissable dans un code déontologique.
Jésus lui démontre le contraire : l’amour pour l’être humain, c’est d’abord le désir d’être aimé. Et ce n’est qu’une fois ce désir satisfait qu’il est possible d’aimer à son tour. On ne maîtrise pas l’amour, on l’espère et on ne peut le recevoir que comme une grâce, et le redonner de la même manière.
Jésus met en route le légiste à la fin de cette scène. Son histoire a agi sur lui comme les soins du Samaritain ont agi sur l’homme blessé. Il a remis le légiste dans le sens de son humanité en faisant du commandement d’amour d’abord un sujet de reconnaissance plutôt qu’un devoir à accomplir.
« Fais de même ! » L’amour donné aux autres ne sera un vrai amour que s’il coule de source, que s’il vient des tripes parce que quelqu’un a été pris aux tripes par notre personne.
Ce quelqu’un, ce sont bien sûr toutes les personnes qui nous ont fait du bien dans notre existence. Et plus fondamentalement, c’est Jésus lui-même. Dans l’Evangile de Jean, les Juifs demandent à Jésus : « N’avons-nous pas raison de dire que tu es un Samaritain ? » (Jean 8,48).
Christian Vez – Septembre 2012

Crédits

Réalisation
Yves Gertsch
Philippe Kiener

Concept
Anouk Juriens
Christian Vez
Yves Gertsch
Philippe Kiener

Cadreurs
Daniel Mendes
Achim Meylan
Philippe Kiener
Yves Gertsch

Musique
Raphaël Noir

Effets spéciaux
Julien Dumont

Prise de son
Bruand Perrinjaquet
Sébastien Tschopp

Colorisation
Philippe Kiener

Mixage du son
Philippe Kiener

Avec

Conducteur voiture
Pascal Berney

Couple
Isabelle & Marc Thorens

Famille
Famille Juriens

Motard
Serge Hänzi

Les bastonneurs
David Therisod
Renaud Dobeck
Marc Freléchoux

Ambulanciers
Yves Challandes
Julien Schnetzer

Voix off

Journaliste
Christian Vez

Premier appelant
Cyril Ansermet

Conducteur voiture
Pascal Berney

Remerciements
canal alpha
commune du Val-de-Ruz
ambulances Roland
Jean-Philippe Raymondaz
Artszone

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Showing 2 comments
  • Club MaranathaMC
    Répondre

    Très aimé ce vidéo et réaliste de la vie d`aujourd`hui ! Merci.

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